Pensées et Réflexions

Le droit à l’avortement en Alabama

Je vous préviens tout de suite, cet article est très différent en contenu que ce à quoi vous êtes habitué si vous me suivez depuis un bon moment. En fait, le sujet m’a été proposé sur Instagram (vous me trouverez @lafillebio.mtl) et il m’a tout de suite interpellé, mais je ne savais pas trop de quelle manière l’aborder sur ma plateforme. La politique et moi, on ne fait pas bon ménage puisque je deviens rapidement émotive et mes arguments perdent du fondement au fur et à mesure que la discussion se poursuit… Mais je me lance. L’abolition du droit à l’avortement en Alabama… voici ce que j’en pense.

Pour être certaine de me faire une tête avec une vision d’ensemble, je suis allée lire beaucoup sur le sujet. Savez-vous quoi? Ça n’a aucunement changé mon opinion… et ce dernier est très mitigé. Je m’attends à avoir des réactions à ce que je vais dire (comme c’est le cas à chaque fois que j’entre dans des sujets plus délicats), mais de prime abord, je me considère comme étant prochoix. Ce qui m’amène à proclamer cela est le fait qu’en début de grossesse, lorsque j’ai fait les tests de dépistage pour la trisomie XXI, Alexandre et moi avions discuté et nous étions tous les deux d’accord que peu importe les résultats, je donnerais naissance à l’enfant. Pour moi, dès l’apparition de la deuxième ligne sur le test de grossesse, j’ai humanisé, à tort ou à raison, l’amas de cellules qui se développait en moi. Il en va de même lorsque j’ai fait ma fausse couche, j’étais convaincue d’avoir perdu un bébé, malgré son court développement biologique. Le contexte de ma fausse couche n’était pas idéal à la naissance de cet enfant : je venais de me séparer, j’étais avec un homme peu recommandable et la grossesse n’était aucunement désirée. De plus, mon statut financier était ultra-précaire et je venais tout juste d’arriver à Montréal. Bref, j’avais toutes les raisons du monde de mettre un terme à la grossesse, mais je n’y ai même pas songé un instant.

À l’inverse, j’ai une bonne amie à moi qui ne désire pas d’enfant et qui n’hésite pas un instant à dire que si elle conçoit par accident, elle optera pour l’avortement. Savez-vous quoi? Je la supporte à mille pour cent dans son choix. J’ai une autre amie qui a appris lors d’une échographie que l’enfant qu’elle portait avait une anomalie congénitale qui le rendait lourdement handicapé et elle a décidé de mettre un terme à sa croissance malgré sa grossesse avancée. J’ai été présente pour elle après l’intervention chirurgicale et je n’ai jamais contesté son choix. Encore moins ai-je jugé ces deux femmes dans leurs actions ou leurs propos qui sont pourtant à l’opposé de mes convictions. Contradictoire, non? Je suis clairement pro-choix dans un contexte qui ne me concerne pas.

En fait, c’est là que réside le problème de ce projet de loi. Il n’y a pas de réponse en noir ou en blanc lorsque vient le temps de parler d’avortement… Il y a beaucoup trop de nuances et les conséquences en enlevant ce droit aux femmes sont nombreuses et à plusieurs niveaux : pour les parents, pour l’enfant à naître et pour la société. Ce qui me dérange dans tout ça, autre le fait que ce sont 25 hommes qui ont voté en faveur de ce dernier et qu’une femme a été ridiculisée après avoir riposté en proposant un projet de loi qui interdit la vasectomie chez l’homme en utilisant les mêmes arguments, c’est le fait que les croyances de chacun n’ont pas sa place dans un parlement et encore moins dans un choix aussi personnel que le choix de l’avortement.  Que l’intention du passage de cette loi soit basée sur des principes religieux, un besoin d’augmentation de population ou sur le fait qu’en rendant cela illégal des médecins pourraient se retrouver en prison et que cela ferait une bonne série sur Netflix, ce n’est pas un débat qui se doit d’être alors que la question a été réglée dans les années 1970 et que le rôle de la femme n’est plus ce qu’il était autre fois. De plus, considérant que le seul facteur où l’avortement peut être considéré est si la grossesse met la vie de la mère en danger, je considère qu’on manque de respect à la Femme en lui disant que si elle se fait agresser sexuellement ou qu’elle est victime d’abus et d’inceste, qu’elle et l’enfant à naître doivent subir les conséquences des gestes posés par l’agresseur. Si ça ce n’est pas réducteur et archaïque, je ne sais pas ce que c’est…

J’ai fait mes recherches et il s’avère qu’en 2017, 6063 avortements ont eu lieu en Alabama. En comparaison, au Québec la même année, 22 966 interventions ont été réalisées. Il est vrai que l’Alabama a 4,8 millions d’habitants versus les 8,3 millions que l’on retrouve au Québec, mais la différence est flagrante. J’en viens donc à pousser ma réflexion plus loin et je vous avoue que la spirale dans laquelle je tombe est peu rassurante et très étourdissante. Les grandes lignes de la spirale sont les suivantes :

  • Est-ce que l’avortement au Québec est un recours trop automatique et qui est pris pour acquis ce qui fait en sorte que c’est utilisé comme méthode contraceptive ?
  • Est-ce que le nombre plus bas en Alabama s’explique de par le tabou que représente l’avortement alors plusieurs interventions sont réalisées dans des contextes hors cliniques, donc non répertoriées?
  • Est-ce que la religion explique à ce point la différence entre les deux territoires?
  • S’il y avait plus de femmes représentées au sénat, le résultat du vote serait-il différent?

La spirale se termine avec moi qui sourcille en disant WHAT THE FUCK!?

Ta vie, elle t’appartient. Au même titre que de mettre un enfant au monde ou non est un droit auquel chaque femme devrait pouvoir avoir accès. Les valeurs que tu possèdes et véhicules n’appartiennent qu’à toi. Si pour toi l’avortement n’est en aucun cas acceptable, ça t’appartient. Si à ton avis tu considères que la vie fait bien les choses et que te protéger n’est pas nécessaire et que par mégarde tu tombes enceinte et décides d’avorter, ça t’appartient également. Chacun pour soi. Est-ce que je suis d’accord que des inconnus ont le droit de légiférer sur la naissance obligatoire du bébé qui naît d’une grossesse? Aucunement. C’est ridicule de penser qu’un enfant va naître dans la souffrance, être maltraité ou autre juste parce que 25 messieurs en veston-cravates ont décidé qu’il devait en être ainsi. Par contre, en voyant le nombre d’avortements qui ont eu lieu au Québec, j’espère que ce n’est pas une intervention qui est réalisée à la légère et que le processus implique une réflexion de la part de la patiente au préalable…

Ça ne doit certainement pas être facile de décider d’avorter, indépendamment des raisons qui mènent à prendre cette décision. En revanche, ça doit être encore pire de poursuivre sa maternité en se disant qu’être malheureuse en ayant l’enfant est la meilleure option en raison de tes croyances religieuses ou gouvernementales. Le pire dans tout ça c’est qu’on va retourner à l’époque où des cintres étaient utilisés pour percer l’utérus de la femme enceinte… C’est aberrant. Mais, au moins il y a Trump qui est au pouvoir et qui nous divertit?! Sans oublier Maxime Bernier qui essaie de relancer le débat ici pour avoir de l’attention…

Le monde va mal… Je dois me sortir de la spirale de mes pensées.

À bientôt,

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Une réflexion sur “Le droit à l’avortement en Alabama

  1. Je suis 100% d’accord avec toi. Je trouve que cette décision nous (l’humanité) a fait reculer d’un bon 60 ans en arrière; du temps où les femmes se battaient pour avoir le droit de voter, comme si en 2019, nous n’étions plus capable de prendre des décisions, le gouvernement va le faire à notre place. Je trouve ça très rabaissant comme loi. On nous a coupé l’herbe sous les pieds. Que réserverons-nous à nos filles pour plus tard quand à leur tour elles devront prendre des décisions….. ??

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