maternité·Pensées et Réflexions

Mon corps est brisé

IMG-4216Mon corps est brisé. C’est difficile pour moi de l’admettre car au courant des dix derniers mois j’ai appris à l’apprivoiser. J’irais même jusqu’à dire qu’on a fait la paix lui et moi après des années de guerre. J’ai appris à l’aimer. À le trouver incroyablement fort. Magique par moment. Après tout, c’est lui qui m’a permis de donner la vie. De porter un enfant et d’assurer son bien-être à temps plein. Mais là, je dois réapprendre à l’aimer et à le pardonner, parce que comme je l’ai dit d’entrée de jeu : mon corps est brisé. 

 

Ma grossesse s’est bien déroulée dans l’ensemble. Mon accouchement également. Je ne suis pas de celles qui aiment parler en détails du processus qui a mené à l’expulsion de ma fille, mais je suis consciente que dans l’ensemble, j’ai eu un bel accouchement. Le défaut de fabrication a été constaté après coup. Alors que ma fille hurlait de faim du haut de ses 4 heures de vie et que je n’arrivais pas à lui donner ce dont elle avait besoin. Malgré les infirmières qui s’acharnaient à trouver des options pour y arriver. Malgré les machines automatisées qui sont sensées accélérer le processus et assurer une production. Mon lait n’est jamais arrivé. Trois semaines plus tard, j’attends toujours la fameuse montée de lait si douloureuse dont on m’a tant parlé. Je me fais à l’idée qu’elle n’arrivera juste pas. 

Dans les faits, ce n’est rien de si grave. L’important, comme je me le répète constamment, est que mon bébé soit nourrit. Elle est bien hydratée, grandit bien et ne manque de rien. Le problème, c’est que je m’étais tellement convaincue que je l’allaiterais, que je n’étais pas préparer à devoir gérer des biberons, des tétines, le processus de stérilisation, la montée et la descente des marches dix fois par jour pour mélanger le concentré à l’eau avec une minutie qui m’était jusqu’à maintenant inconnue. Je ne m’étais pas renseignée sur les différents produits, les risques associés à chacun, les coûts rattachés et encore moins sur les difficultés possibles liés à la nutrition par formule commerciale. Vingt-et-un jours plus tard, plusieurs centaines de dollars dépensés, une quantité monstrueuse de larmes versées et huit variétés de biberons plus tard, je commence à voir la lumière au bout du tunnel et pourtant, chaque fois que je colle ma fille contre moi et qu’elle cherche mon sein, ça me brise le coeur. 

L’intention de ce texte n’est pas de culpabiliser qui que ce soit sur le choix entre l’allaitement ou non. D’autant plus que dans plusieurs cas (je refuse de croire que je suis la seule personne avec des seins défectueux), ce n’est pas un choix. Chaque parent se doit de prendre les décisions qui sont les meilleures pour lui et son enfant. Je suis la dernière à venir en juger ou à vouloir me sentir supérieure en comparaison. Le problème, le vrai de vrai, c’est le fait que partout, je suis bombardée de messages qui m’indique que je mets ma fille en danger en ne l’allaitant pas. Que le Canada en entier, ou du moins ses sociétés médicales, dit que l’allaitement est ce qu’il y a de mieux pour tous les bébés. Je le vois sur l’emballage du tire-lait que j’ai acheté en fin de grossesse pour être bien préparée et qui prend de la poussière dans ma pharmacie. Je le vois chaque fois que j’ouvre une conserve de lait concentré pour préparer les boires de la nuit. Je le vois dans le Mieux vivre et sur toutes les pubs que m’envoient Facebook. Alors non, ce n’est rien de si grave, autre le fait que la société me renvoie l’image que je suis une mère qui ne peut pas donner ce qu’il y a de mieux à son bébé. Et ça c’est aberrant. 

J’écris ce texte parce que je suis consciente de la chance que j’ai. J’ai un homme incroyable qui me supporte lorsque ça devient trop pour moi à gérer et une mère qui semble toujours avoir les bons mots pour me rassurer. Le hic, c’est que je sais que ce n’est pas le cas pour toutes les mères de ce monde. Pour l’avoir vécu, les premières semaines post-accouchement sont incroyablement dures sur le moral et le corps alors la dernière chose dont on a besoin c’est l’opinion publique, scientifiquement fondée ou non, sur ce que nous faisons pour nos enfants. Alors à toutes ces mamans, mamelons gercés ou non, continuez votre beau travail : indépendamment de la façon dont votre bébé est nourri et des raisons qui font en sorte que c’est ainsi. 

Montée de lait terminée… ou plutôt en attente!

P.S. Si jamais tu viens vers moi en public pour me parler du fait que ma fille boit au biberon, je ne suis pas responsable des dommages qui t’attendent.

fillebio

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2 réflexions sur “Mon corps est brisé

  1. Bien moi je te dis bravo! Ils sont qui pour juger les mères comme ça! Il y’a tellement de conneries qui ce dit sur comment bien nourrir ou ce nourrir lorsque nous sommes enceinte… Il faut arrêter de toute prendre aux sérieux et toute suivre à la lettre. Être une bonne mère ne s’apprend Pas dans un livre,ça ce vit.
    Autres fois,c’étais une façon de nourrir son enfant et ça n’a jamais été un jugement rédicule comme il ce fait aujourd’hui!
    Au moins tu laisse pas ton enfant mourrir de faim.
    Continue d’être la bonne maman que tu es et ne te soucis pas des commentaires ou remarques que les autres ont sur ta façon de faire…
    Peut importe les commentaires il y’a toujours quelqu’un qui trouve quelques choses de négatif à ajouter!
    Il est vraiment temps que l’ont laisse les gens vivre et laisser vivre,
    Être et non vivre pour Paraître…
    Il sera grand temps que ça change dans ce monde, pour mieux vivre tout simplement.

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