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Cher vendeur de plein air…

Je l’ai vu. Il était là au fond de ton regard. Un court moment où tu n’as pu t’empêcher de me juger. Pas par méchanceté. Du moins je ne crois pas. Simplement parce que dans l’équation logique, une grosse ne devrait pas s’acheter une tente de 400$ dans l’intention de faire du hiking pendant trois semaines. J’ai l’impression de t’avoir présenté un problème d’algèbre complexe à résoudre. Donc, je ne t’en veux pas. Au contraire. Je te comprends et je me dis que c’est normal. C’est bien ça le pire là-dedans. 

Tu vois, cher vendeur, ce que tu ne sais pas, c’est à quel point la personne qui me juge le plus dans ce monde c’est moi-même. Constamment. Jour après jour. Je me juge de travailler en talon aiguille en sachant pertinemment que je n’ai pas le look d’affaires classy que j’anticipe. Je me juge d’oser porter des camisoles pour m’entraîner au gym parce qu’elle démontre à quel point malgré mes 4 visites hebdomadaires où je me tue à repousser les limites de mon corps, mon mou de bras persiste à pendouiller de tout bord. Je me juge de visiter des magasins pour tailles plus où les options qui me sont offertes nécessitent que je sois hyper créative dans mon jumelage vestimentaire afin de ne pas avoir l’air d’avoir volé les vêtements de ma grand-mère. Je me juge à chaque fois que je croise mon reflet dans le miroir. Je suis répugnée d’y observé le corps d’une femme qui ne représente aucunement le niveau de forme physique que je détiens.

 

Parce que je dois te le dire, je suis en shape! Y’a pas une montagne que j’ai entamée sans en atteindre le sommet. Y’a pas une ride en vélo que j’ai écourté parce que je n’arrivais pas à suivre la cadence de mon partenaire. Et sur scène, lorsque je faisais de la danse, il n’y a pas un moment où mon niveau d’énergie, de technique ou de dynamisme était inférieur à celui des autres. Et par-dessus tout, il n’y a pas une semaine où je skip l’entraînement.

 

Mais c’est vrai. Je te l’accorde. J’ai pas l’air de la fille qui hike dans ses temps libres. J’ai pas non plus le casting de celle qui fait ses 10 000 pas par jour ou de celle qui s’assure de boire ses 2 litres d’eau quotidien. Je donne surtout pas l’impression de la fille qui ne boit pratiquement pas d’alcool pour éviter de consommer des calories inutiles…. Et pourtant! Je l’sais, j’ai plutôt l’air de celle qui est constamment effoirée dans son divan en train de manger des chips pis boire de la liqueur.  T’en fais pas. Je n’ai pas besoin de ton regard pour me le rappeler. C’est comme ça. Et c’est tout. Mais sache que des chips j’en mange jamais pis d’la liqueur, sauf en avion, j’en bois pas.

 

Mais j’en rêve. Je rêve du jour où mon corps reflétera qui je suis vraiment. Le jour où en me voyant courir dans la rue les gens ne me prendront pas en pitié et ne se diront pas qu’enfin j’ai décidé de prendre soin de moi alors que je fais de la course depuis 5 ans. Par-dessus tout, je rêve du jour où je pourrai contrôler ma dépendance à la nourriture. Où je ne me punirai pas de ne pas avoir perdu du poids en consommant de la malbouffe en cachette dans mon char pendant que mon chum cuisine un repas santé que j’ai moi-même insisté pour manger. Du jour où je n’aurai pas peur de tomber enceinte en craignant d’avoir l’air d’un hippopotame à 3 mois de fait. Du jour où, comme j’en ai toujours rêvé, je puisse me promener à la plage et m’entraîner au gym sans avoir peur que du monde me prenne en photo en secret et publie ça en ligne avec le hashtag #pleasedont. Du jour où je ne considérerai pas utiliser mes économies de voyage pour une liposuccion. Du jour où je n’aurai pas comme réflexion que le fait d’être malade de brosse est positif parce que ça signifie que j’ai perdu des calories. Parce que faute est d’avouer que, mine de rien, à force de voir ce même regard que tu as fait, et que je reçois de tellllllement de gens, se refléter dans mes propres yeux, c’est ce qui est arrivé. J’ai perdu le contrôle. Et j’ai honte. J’ai honte de moi et de mon corps. J’ai honte d’entendre une de mes employées me dire de ne pas trop manger de chocolat à Pâques alors que son commentaire est totalement inutile puisque j’en consomme pratiquement jamais. J’ai honte de me faire répondre que le spinning est trop dur pour moi lorsque je précise que je n’aime pas ça (c’est fucking plate le vélo stationnaire!) alors que je fais du bodypump chaque semaine. J’ai honte de moi de laisser les gens poser des jugements à mon sujet sans répondre….

 

Alors, cher vendeur, cher dame en char qui me voit courir et cher gars qui se retrouve à mes côtés quand on fait le bodypump le dimanche,  si par pur hasard tu t’adonnes à lire les quelques phrases de cet article, sache que je ne t’en veux pas. Mais sache également que je ne tolérerais plus de me sentir ainsi. Je dois changer l’étincelle négative qui brûle en moi et qui alimente un feu malsain en un rayon de positif et de bienveillance. Parce que peut-être qu’en aimant mon corps, il collaborera davantage avec moi. Peut-être que si je cesse de m’acharner, il lèvera le drapeau blanc sur cette guerre qui dure depuis tant d’années. Si j’apprends à vivre avec lui, peut-être pourrions-nous en arriver au jour où je pourrai manger une poutine sans culpabilisé et à pouvoir regarder le miroir sans critiquer ce que me renvoie la glace. D’ici là, je continuerai à le rénover illégalement, en attendant qu’il m’autorise à  le faire en me livrant le permis.

lafillebioLa fille bio

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