Pensées et Réflexions

Fearless? Oui… mais pas vraiment.

Dans la vie, je suis peureuse. C’est un fait. Autre fait important à savoir : je ne laisse pas mes millions de peurs m’empêcher de faire quoi que ce soit. Ce fut trop souvent le cas dans le passé. D’ailleurs, après l’année difficile que j’ai vécu en 2013, j’avais toutes les raisons du monde de me laisser envahir par la crainte. J’aurais pu décider de ne plus croire en l’amour, au point d’avoir peur de ressentir à nouveau, parce que j’ai appris cette année-là que même un contrat de mariage n’est pas synonyme de toujours. J’aurais pu décider que je ne voulais plus d’enfant parce que j’ai eu trop mal lorsque j’ai perdu le mien et que j’ai trop peur de revivre cette expérience une deuxième fois. J’aurais pu décider de ne plus faire confiance aux gens que je connais et de méfier de ceux-ci parce que j’ai des amitiés qui se sont terminées cruellement et dans l’hypocrisie la plus totale. Par contre, j’ai décidé de ne pas laisser mes peurs me contrôler. Malgré qu’elles soient dominantes. Malgré que leur présence hantait mon quotidien. Malgré les secondes chances que j’ai données par la suite et qui se sont avérées négatives. J’aurais pu arrêter de vivre librement, en confiance et en paix avec moi-même. Mais je ne l’ai pas fait. Plutôt, afin de me rappeler de l’importance de chaque moment où j’ai la chance de respirer un peu, j’ai décidé d’encrer le côté de mon poignet avec un simple mot : fearless. Sans peur. Ou plutôt, selon ma définition très personnelle de ce tattoo, continuer de vivre malgré la peur. Triste pour moi d’admettre qu’aujourd’hui, 3 années plus tard, il est difficile de respecter cette promesse que je me suis fixée…

Je suis une curieuse culturelle et intellectuelle. Je suis une mordue du voyage. Je cherche à connaître et découvrir le plus d’endroits, de cultures et de peuples possibles. Bien évidemment, lorsque je pars à la découverte de nouveaux endroits, il y a toujours des risques. Cependant, il me semble à présent que je ne me sens en confiance nul part. J’ai d’ailleurs demandé à mon amoureux s’il était d’accord pour que l’on modifie notre itinéraire de voyage parce que j’avais un mauvais pressentiment sur certaines villes que nous avions ciblées. Une peur injustifiée et totalement irrationnelle. Pourtant, après les différentes tragédies qui se sont produites, je commence à me questionner sérieusement. Je ne me questionne pas par rapport aux voyages et à si je dois continuer de le faire ou pas. Je me questionne par rapport aux réactions des gens. Je cherche à identifier à quel moment nous sommes devenus aussi égocentriques et déconnectés… Je vous préviens, je ne mâche pas mes mots dans l’article qui suit. Je tiens d’ailleurs à déresponsabiliser mes commanditaires de ce que j’énonce ici. C’est entièrement personnel comme pensée. Je ne suis pas une spécialiste de politique, ni de religion. Je préfère d’ailleurs éviter le sujet lorsque possible puisque je m’emporte facilement lorsque mes valeurs sont concernées. Je ne gagne rien à écrire ces mots. Et oui, je suis consciente que je vais recevoir une tonne de courriel haineux. J’ai la chance de vivre dans un pays où la liberté d’expression est possible… À moins de s’appeler Mike Ward (mais ça c’est un autre débat …).

Le fait d’habiter dans une métropole multiculturelle m’a grandement sensibilisée à la réalité des immigrants. Plus encore, considérant que l’entièreté de ma classe est composée d’élèves qui proviennent du Moyen-Orient, je constate au quotidien, par l’entremise d’échanges avec eux et avec leurs parents, la reconnaissance qu’ils ont d’avoir été accueillis par notre magnifique pays alors qu’ils cherchaient à fuir les horreurs qui se déroulent dans leurs pays d’origines. J’ai appris, par confidence ou inadvertance, que plusieurs de mes cocos ont fuient la guerre. Du haut de leurs 10 ans, la plupart d’entre eux ont subi des traumatismes liés à la violence à laquelle ils ont été confrontés dans leur pays. Et pourtant, ils sourient. Ils jouent comme des enfants se doivent de jouer. Ils ont des iPads, regardent beaucoup trop Youtube, chantent du Meghan Trainor et portent des souliers Nike comme tous les autres enfants. Leurs parents travaillent ou étudient. Ils gagnent leurs vies honnêtement et ne dépendent pas du gouvernement pour survivre.  Comme je les côtoie au quotidien, je sais, contrairement à plusieurs personnes qui ne s’en tiennent qu’à ce qu’énoncent les médias traditionnels, que ce ne sont pas toutes les femmes musulmanes qui portent le voile. Je sais également qu’en cette période de ramadan, les enfants ne sont pas privés de nourriture pendant les journées d’école. À l’arrivée du congé des fêtes, j’ai reçu des cadeaux de TOUS mes élèves, indépendamment de leur religion. Je reconnais l’existence de leur croyance et ils respectent la mienne. Ce n’est pas un sujet de conversation auquel je m’adonne librement, mais lorsqu’ils me questionnent, je réponds avec franchise ce qui en est DANS LES FAITS. Je laisse toute émotion de côté.

En ce moment, à la lumière de tout ce qui est arrivé dans les derniers 48 heures, voir la dernière année, je suis horrifiée. Je dois le dire clairement : j’ai la chienne! Je déplore ce que j’entends à la radio le matin alors que je suis coincée dans le trafic. Je déplore les messages que je vois circuler sur Facebook où les gens se permettent d’écrire n’importe quoi sous le prétexte qu’ils sont derrières un écran. Je n’ai pas peur qu’on me mette une balle à la tête. Je n’ai pas peur qu’un attentat se produit à Montréal. Ce qui me fait peur c’est qu’on en arrive à fermer nos frontières en proclamant à qui veut l’entendre que quoiqu’onc se dirige ici est un terroriste ou un membre de l’État Islamique. J’ai vu ces types de messages à maintes reprises alors que le premier ministre canadien préparait l’arrivée d’immigrants syriens et je l’entends à nouveau.  Et je comprends. Je comprends qu’il est facile de pointer du doigt un groupe entier plutôt que de faire la part des choses et de se poser les bonnes questions. Je comprends qu’il peut être rassurant de croire en cette solution. Je comprends aussi que l’inconnu fait peur et soyons réalistes : pour la majorité de vous qui me lisez, l’Islam n’est pas un terrain connu. Je m’inclus dans le lot. Par contre, pour avoir voyagé dans différents pays où cette religion est majoritaire, j’ai grandement approfondis ma compréhension de celle-ci et j’ai une vision plutôt complète de la façon dont elle se vit quotidiennement. La vérité est qu’il existe des gens extrêmes, comme c’est le cas dans l’ensemble des religions. De manière générale, les extrémistes font partie de l’exception… pas de la norme! Il y a une part d’interprétation qui relève de la religion et des écrits qui y sont rattachés. C’est dans cet interprétation que les ‘’leaders’’ de mouvements, tant positifs que négatifs, trouvent leur essence…. Il suffit de regarder ce que Hitler est arrivé à faire pour comprendre que la manipulation de la pensée est accessible, indépendamment de la religion à laquelle les têtes dirigeantes s’identifient.

Mais là, j’ai peur. J’ai peur de la société que l’on devient. J’ai peur que mes élèves paient le prix pour des crinqués malintentionnés. J’ai peur de vivre dans un monde où la peur domine et où l’on cherche à s’isoler l’un des autres au cas où (insérer la situation épouvantable envisageable de votre choix ici….) J’ai peur d’ouvrir la télé un matin et d’avoir tellement vu de drame que je vais demeurer insensible face aux tragédies que j’observe. J’ai surtout peur pour ce qui s’en vient. La sentiment d’être menacé ne fait qu’augmenter et plus on en parle, plus les gens se divisent. On se bat pour le port d’armes aux États-Unis en se convaincant que la bonne personne qui porte un arme pourrait sauver toutes les autres qui sont à risque d’être des victimes du gros méchant loup qui en a aussi acheter un entre deux sessions de shopping au Wal-Mart.  On se bat pour empêcher la légalisation de la marijuana sans tenir compte du fait qu’un meilleur contrôle représente une grande partie de la solution aux problématiques qui relèvent de sa consommation. On s’attriste de voir des tragédies comme celle qui s’est produite à Orlando en déplorant qu’il est épouvantable qu’on cible un groupe de gens spécifique, mais on ne fait rien pour changer le fait que dans plusieurs pays l’homosexualité est illégal et condamnable.  On pleure la mort de Christina Grimmie, cette jeune artiste talentueuse qui a été assassinée par un de ses fans, sans se demander pourquoi ça été si facile pour le tueur d’entrer dans la salle avec deux armes à feu chargées. Au même titre que ce questionnement doit avoir été soulevé lors de la tuerie qui a eu lieu à Polytechnique. N’allez pas croire que les vies enlevées n’ont pas de valeur à mes yeux. Au contraire. Tout comme c’est le cas de chaque personne qui a perdu la vie pour des raisons injustifiables aux yeux du citoyen occidental. Le problème, c’est que nous, chers concitoyens occidentaux, sommes déconnectés de la réalité de l’orient. Nous percevons les guerres qui se déroulent comme on nous les présente : en chiffres. Nous n’illuminons pas le stade Olympique aux couleurs des drapeaux des pays affectés où des cœurs d’innocents cessent de battre, où des bombes qui explosent  détruisent des hôpitaux et surtout où des enfants  jouent avec des fusils plutôt qu’avec des ballons À CHAQUE JOUR. Et c’est normal que nous ne leur accordons pas autant d’importance : nous n’avons jamais visité leur capitale ou pris de photos avec leur emblème comme nous l’avons fait en visitant Paris. Nous ne parlons pas leur langue et nous n’avons jamais vraiment vu quoi que ce soit de positif à leur égard. Alors pourquoi s’en faire avec ça?! Ma réponse est simple : parce qu’une vie de perdue est une vie de trop de perdue.

…..

Je ne pouvais pas laisser les tragédies des derniers jours passer sans réagir. Je suis sincèrement touchée par tout ce qui se produit et espère sincèrement que la paix et l’ouverture d’esprit feront leur chemin dans la tête et le cœur de l’ensemble des gens qui partage notre planète.  Je suis comme John Lennon… Je suis une rêveuse. Mais j’espère du plus profond de mon être ne pas être la seule.

signature

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s