Pensées et Réflexions

10 choses que personne ne dit à propos d’une fausse couche

3 minutes. Une toilette. Un résultat. Attendues ou non, les deux petites lignes qui apparaissent viennent drastiquement changer ta vie à l’instant où tu les vois. Déjà, tu tombes dans la planification. Tu t’amuses à imaginer à qui ton enfant va ressembler. Tu te surprends à penser à sa personnalité. Tu imagines son rire, son visage, ses cheveux. Tu stress à l’idée que bientôt tu seras responsable d’une personne. Tu l’aimes déjà d’un amour inconditionnel. Tu fais tout pour bien l’aider à grandir en toi. Tu l’annonces à tes proches. Et puis bang! Les lignes s’effacent comme si elles n’avaient jamais existées. Les rêves futurs et l’amour que tu avais développé perdent tout leur sens, comme s’ils n’avaient plus de raison d’être. C’est ça faire une fausse couche. C’est tenter d’annuler des réalités qui ne se sont jamais concrétisées malgré qu’elles étaient réelles pour toi. Voici donc 10 choses que personne ne dit à propos d’une fausse couche.

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Publiée avec la permission de l’artiste Sarah Wilkins: http://www.sarahwilkins.net

 

1- Ton corps va s’en remettre difficilement

J’ai mis deux mois à me remettre complètement des crampes. J’ai mis plusieurs semaines à me remettre des brûlures d’estomac. J’ai mis quatre mois à régulariser mon cycle. Je me remets toujours de la rosacé qui est apparue lors de ma grossesse. Ton corps a vécu un choc. Tu vas avoir des maux de cœur récurrent. Tu vas avoir des douleurs aléatoires. Tu avais quelque chose en toi qui n’y est plus et un lot d’hormones qui sont débalancées et qui doivent se réorganiser. Ça peut prendre deux jours, mais ça peut en prendre plus aussi. Réapprends à aimer ton corps malgré la douleur. Ne lui en veut pas pour ce qui est arrivé… L’énergie que tu perdrais à lui en vouloir devrait être utilisée pour en prendre soin.

2- Ton cœur ne s’en remettra probablement jamais

« Il y a une douleur unique qui découle de préparer son coeur pour un enfant qui n’est jamais arrivé »-David Platt

C’est un concept difficile à accepter. C’est l’équivalent, pour les gens qui ne l’ont pas vécu, d’être en deuil d’un ancêtre qu’ils n’ont  jamais connu. On sait qu’il existait, mais on n’a pas eu de relation, d’échanges, de temps à ces côtés. Tu réaliseras rapidement qu’il est difficile de laisser aller quelque chose qui n’a jamais été concret pour personne sauf toi. En réalité, le deuil qui doit être fait est celui du futur envisagé au moment où les deux petites lignes roses sont apparues sur le test de grossesse. Tu ne l’as peut-être pas vu ou tenu dans tes bras, mais tu lui as certainement accordé des heures à penser à lui et à t’imaginer comment il allait être. Et c’est pour ça que c’est si difficile. De ne pas savoir… Un cœur ne s’en remet juste pas.

3- Ce sera difficile de voir tes amies vivre leur grossesse

Même si tu souries et que tu es réellement contente de les voir éblouissantes et comblées avec leurs bedons, tu vas trouver ça difficile. Tu vas par moment te sentir coupable de ne pas être en mesure de vivre l’arrivée d’un nouvel être au sein du groupe aussi positivement que tu le devrais. Ne t’en fais pas trop avec ça, c’est tout à fait normal. Essaie tout de même d’accompagner tes amies du mieux que tu le peux en respectant ce que tu ressens sans pour autant nuire à sa joie.

4-Les gens sont vraiment malhabiles (bien intentionnés, mais malhabiles)

Malheureusement, les gens dont il s’agit ici sont souvent tes proches et ils ne savent pas quoi dire devant ta douleur. Alors ils disent de la marde! Je ne peux pas le formuler autrement… Les phrases du type : « au moins tu es fertile », « il devait être défectueux si tu l’as perdu », « tu n’es pas la seule à qui ça arrive », « il n’était pas né », etc…. Toutes ces phrases devraient être retirées du lexique des gens. Par contre, après plusieurs années et une certaine distance émotive, je sais que les gens ne voulaient pas mal faire. Ils ne faisaient qu’essayer de dédramatiser ou de rassurer. Est-ce que j’ai eu envie de les frapper? Oui! Est-ce que j’ai eu envie de leur crier que le fait d’avoir fait une fausse couche me fait douter de ma fertilité? À un million de reprises! Est-ce que je l’ai fait? Non… Je n’en avais pas l’énergie et j’ai rapidement compris qu’on ne peut pas en vouloir à ceux qui nous aiment de ne pas savoir comment on se sent face à cette situation. On ne peut pas non plus leur en vouloir de ne pas comprendre. Tu dois simplement garder en tête qu’il y a toujours moyen de leur dire que tu préfères ne pas en parler…

5- Ça fait du bien d’en parler

Malgré les commentaires des gens et des émotions qu’ils soulèvent, tu réaliseras éventuellement que de parler de ce qui t’es arrivé à une propriété libératrice. En quelque sorte, du moins selon mon expérience, ça permet de rendre réel quelque chose qui est demeuré abstrait. Comme il n’y a pas eu de « visage » attaché à l’être qui grandissait en toi, il devient parfois difficile de saisir pourquoi ça blesse autant. D’en parler avec les gens concrétise un peu son existence. De plus, ça permet de sensibiliser les gens fasse aux grossesses qui ne se rendent pas à terme. Plus les gens en entendent parler, moins ils seront ignorants lorsque confrontés à cette réalité qui affecte 25% des femmes en âge de procréer. Par le fait même, cela limitera possiblement le nombre d’interventions telles que présentées au numéro 4.

6- Ta relation envers toi-même ne sera plus jamais la même

C’est possible que tu t’en veules de ne pas avoir su avant que le cœur ne battait plus. Il est aussi possible que tu te mettes à douter de tes capacités à devenir une bonne mère. Tu verras possiblement cela comme un échec et tu t’abattras à essayer de trouver une raison qui est inexistante. Tu t’inventeras des scénarios où tu joues l’héroïne déchue.
En revanche, tu pourras développer de la compassion envers toi-même. Tu apprendras à t’écouter et à te respecter davantage. Tu apprendras beaucoup sur ton corps. Le cheminement ardu que tu auras à traverser te permettra de découvrir tes forces et tes limites. Tu seras à jamais changée de cette expérience, ne serait-ce qu’un peu.

7- Tu es unique… 

Les médecins te diront que c’est fréquent et tu deviendras automatiquement part d’une statistique. Tes amis et ta famille te diront que tu n’es pas la seule à qui ça arrive et ça dévalorisera ton histoire. On te dira que tu peux recommencer à tenter de concevoir le mois suivant et tu auras l’impression que l’enfant que tu portais n’avait pas d’importance et qu’il était remplaçable. Ne te laisse pas emporter par tout ça… Garde toujours en tête que  tu es unique, ton histoire est unique et l’enfant que tu as porté pendant un instant l’est tout autant. N’oublie pas aussi qu’il n’y a pas de temps limite pour vivre le deuil. À chacune son sablier. Et peu importe le temps qui passe il y a certains jours où ça remonte. Il faut accepter que ce soit ainsi.

8- L’anxiété de la conception

Même si c’était éprouvant, il y a un déclic qui va se faire dans ta tête et qui prendra éventuellement beaucoup d’espace : tu veux essayer à nouveau d’avoir un enfant. La difficulté : c’est épeurant de recommencer. Tu es consciente du risque, tu as connu la douleur d’en perdre un et tu ne veux surtout pas le revivre une deuxième fois. Tu crains de décevoir l’homme (ou la femme) avec qui tu souhaites fonder une famille. Tu es envahie par cette peur de devoir annoncer à tes proches qu’un petit humain pousse en toi…. Et de retirer les paroles quelques semaines plus tard. Encore pire : tu as peur que ça ne fonctionne pas. Prend le temps de partager tes peurs avec ton partenaire et assures-toi d’être entièrement prête avant de te lancer dans cette magnifique aventure qu’est la conception.

9- Pleure!
J’aurais dû le dire plus tôt, mais pleure. Pour tout et pour rien… L’important est que ça te libère. Tu as le droit de pleurer sans rendre de compte à personne.

10- Tu es une maman malgré tout ça

Je voulais absolument terminer sur ce dernier point. J’ai lu par hasard une épingle sur Pinterest qui disait ce qui suit : « une femme qui a porté un enfant est une mère. Elle n’est pas moins une mère parce qu’elle a eu à redonner son enfant avant de pouvoir le tenir dans ses bras ». C’est empreint de vérité mais il est extrêmement difficile d’en saisir le sens.

Graduellement, avec le temps, on apprend à retrouver le sourire et à se réjouir de la vie. Par contre, les fausses couches sont naturelles et encore beaucoup trop taboues en 2016. Cet article visait à sensibiliser les gens à la réalité que vit une femme qui perd son enfant comme j’ai eu à le vivre en 2013. Il faut faire tomber les barrières et mieux s’outiller en tant qu’amie, frère, sœur, mère et père à soutenir les mamans qui vivent ce deuil. Indépendamment de ce que la science définit comme étant un bébé et de vos valeurs personnels, la vision d’une mère qui porte un enfant pour un trop court instant n’y adhère pas nécessairement.

En espérant que cet article vous a appris quelque chose,

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13 réflexions sur “10 choses que personne ne dit à propos d’une fausse couche

  1. Merci ! Merci ! Pour cet article remplis de bienveillance, de sincérité, de mots justes… Merci, aujourd’hui je suis une maman qui n’as pas eu son enfant dans ses bras mais je l’ai eu dans mon corps et je l’ai et l’aurais dans mon cœur… Deux jours qu’il est parti de moi, mais déjà plus de deux mois qu’il fais parti de ma vie 😍

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