Pensées et Réflexions

Mal à ma carrière.

Lorsque les gens me demandent ce que je fais dans la vie, je leur réponds avec fierté que j’enseigne en adaptation scolaire. Aujourd’hui, à l’écriture de cet article, je ne peux pas dire que je suis si fière. J’ai honte…J’ai honte, mais par-dessus tout j’ai mal. J’ai mal à ma profession.

J’ai choisi l’enseignement, car pour moi l’éducation est une passion.  Je comprends le principe d’un syndicat. Je comprends les enjeux qui se retrouvent à la table de négociation. Je comprends pourquoi nous sommes révoltés de voir le gouvernement réduire l’éducation à une dépense alors que l’on connait l’impact de celle-ci sur les générations futures. Ce que je ne comprends pas, c’est le manque de respect dans l’approche syndicale. Le manque flagrant d’ouverture d’esprit entre le syndicat et ses membres. Les doigts pointés envers ceux qui osent avoir un point de vue différent. Mais surtout, je ne comprends pas comment le fait de bouder collectivement contre le gouvernement, en leur donnant notre salaire entier lors des journées de grève, en enlevant le droit aux enfants à qui nous enseignons de recevoir un enseignement de qualité pendant ces journées-là peut changer les choses pour le mieux. Je ne comprends pas comment ce manque total de cohérence entre les valeurs fondamentales de l’enseignement et l’agissement de ceux qui exercent la profession peut donner un résultat favorable. Et même si les représentants syndicaux me le crient à tue-tête et me bombardent de documents et de lettres et de rencontres interminables, je ne crois pas que je vais comprendre.

Il faut bien me comprendre, je ne cracherai jamais sur une augmentation salariale. Je ne suis pas pour l’augmentation des ratios en classe régulière et je ne suis pas non plus partisante du fait que l’accès à la permanence selon les nouvelles propositions serait encore plus difficile. Cela dit, je ne comprends pas pourquoi on ne va pas cogner aux portes des universités pour leur demander un changement dans la formation qui est donnée au prof du régulier afin de les rendre plus compétents et confiants lorsqu’ils sont confrontés à un élève qui a des difficultés d’apprentissage. Aucun système en Amérique du Nord ne décloisonne autant les groupes d’adaptation scolaire comme on le fait au Québec, et c’est tant mieux. Par contre, nous prenons tout ce que nous avons pour acquis. Comme ma mère disait lorsque j’étais enfant : « you can’t have your cake and eat it to. ».

Il y a un sentiment d’injustice généralisé dans le secteur public et bien que l’on travaille à l’éliminer de chez nos élèves en leur expliquant que la vie ne nous donne pas toujours ce que l’on veut, nous ne mettons pas en pratique ce que nous disons. On ne tolère pas les «crises de bacon» en classe, mais nous utilisons des slogans comme «mon patron me méprise» pour faire passer le message. Pour ce qui est du concept de dédramatisation lors de situation de conflit, on repassera.  Nous préférons sortir dehors avec nos sifflets et nos affiches pour déranger le monde, en pensant obtenir leur sympathie en les obligeant à trouver une gardienne ou à manquer du travail pour pouvoir s’occuper de leurs enfants. Nous préférons dire aux élèves qu’il n’y a pas d’école demain parce qu’on veut mieux leur enseigner…. Logique comme argument.. Après tout, il n’y a que 7 jours de classe qui ont été annulés depuis le mois de septembre.

Tout comme je l’ai répété souvent à mes élèves du secondaire qui en voulait au monde entier et qui trouvait satisfaction dans le fait de «foxer» leurs cours : ta place est en classe. Je dois me retenir de ne pas le répéter à mes collègues qui arborent fièrement leurs macarons… Mais si les derniers mois m’ont appris quoi que ce soit, c’est que le seul type de personne avec qui il est plus difficile de discuter et d’avoir un échange sur une situation autre que des enfants ou des parents rois… ce sont les profs syndicalistes. Mon argument est pourtant simple à comprendre : je veux juste enseigner.

J’ai un idéal de carrière. Celui où l’enseignement est valorisé. Celui où mes collègues ont une ouverture d’esprit et celui dans lequel je peux me dévouer entièrement à ma tâche d’enseignement, sans être envahie par l’anxiété que me cause une perte de salaire de trois jours pendant la période des fêtes.

Depuis septembre, j’ai l’impression d’appartenir à une armée syndicaliste dans laquelle j’ai été enrôlée de force. Comme un bon soldat, je me dois de suivre les ordres que l’on me donne, aussi incohérentes qu’elles soient, même si je n’y crois pas. Par contre, je refuse de me mettre sur la ligne de tir.  Je ne jouerais pas au fantassin dans une guerre en laquelle je ne crois pas. Tout comme c’est le cas dans les conflits mondiaux, je crois que certaines choses doivent changer, mais que les moyens utilisés pour y arriver sont peu efficaces.

J’ai choisi l’enseignement car pour moi l’éducation est une passion. Et heureusement…. car la situation actuelle aurait facilement pu me pousser dans la statistique des 25% d’enseignants qui quittent la profession en début de carrière. J’ai mal à ma profession… heureusement pour moi, mes élèves sont le remède à mes maux.

En espérant une fin à tout cela bientôt,

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